D’un désert l’autre

Vendredi 25 novembre, 19°C

Les grands espaces. Les hauts plateaux bordés de montagnes lointaines et infranchissables. Le soleil cru et franc de l’atliplano qui exacerbe les contrastes et les couleurs inouïes des différents lacs et des sols que l’évaporation lointaine d’une mer oubliée a chargé de minéraux. En quelques jours de jeep on aura eu un aperçu d’une grande diversité de déserts dans cet espace perdu au sud de la Bolivie à la frontière avec le Chili.

Pendant des heures de route sur les pistes de terre sèche et dure, le regard traînant à la fenêtre, on découvrira des paysages changeants, mais toujours avec des horizons fuyants où le regard se perd pendant que les rêves éclosent. Le vertige des grands espaces est aussi une invitation au voyage.

On nous avait recommandé d’arriver à Tupiza pour commencer le tour et le finir à Uyuni, à contrecourant des flots de touristes. Mais comme toutes les astuces pour touristes finissent pas être partagées, on ne sait plus trop si finalement en les suivant on ne fait pas comme tout le monde.

Il semble aussi que Tupiza soit plus accueillante qu’Uyuni, ce qui nous fait peur pour cette dernière car ce n’est pas non plus une ville très riante qui nous accueille et surtout pas sa collection de restaurants « italiens » à la bolivienne. On est envahi par le sentiment d’être arrivé au bout de la piste.

Petit bar pittoresque à TupizaPetit bar pittoresque à Tupiza

Si on avait pu (et su) faire le parcours à cheval, on aurait vraiment l’impression de se trouver dans un western lors de la première des quatre journées en jeep sur les pistes de ces multiples déserts. On croise des villages en terre, une mine abandonnée, des plaines bordées de montagnes si lointaines…

Mais quelques détails nous font ressortir des westerns, car on croise aussi quelques lamas, les oreilles décorées de guirlandes colorées pour identifier leur propriétaire, les indiens ici sont bien des habitants des Andes avec leurs habits traditionnels, et quelques rares panneaux indiquent des franchissements de cols à près de 5000 mètres.

Ville minière abandonnéeVille minière abandonnée

Les paysages défilent, grandioses, pendant des heures, on se regarde, et on échange des sourires avec Adeline. De temps en temps on s’arrête pour pouvoir s’imprégner du paysage, ou suivre un guide local qui nous raconte quelques mémoires du temps ou les espagnols exploitaient encore les quelques mines. Mais c’est surtout un parcours contemplatif que nous empruntons.

Le soir arrive, on s’arrête dans un petit village, la nuit tombe d’un coup, et le froid déjà porté par le vent s’accentue. On sort un peu regarder les étoiles si brillantes, mais ce satané vent à raison de nous. Le logement est spartiate, mais ne nous change pas beaucoup de l’ordinaire. La cuisinière qui nous accompagne nous concocte des plats revigorants, et toujours avec bonne humeur.

Le lendemain nous entrons dans le parc national d’Avaroa, et là les couleurs sont encore plus fortes et belles que la veille. On s’arrête sur une plaine un peu lunaire, elle est communément appelée plaine de Dali car elle ressemble à certains de ses tableaux, et s’ il n’est jamais venu ici, il en aurait peut-être eu un aperçu dans un rêve.

Désert de DaliDésert de Dali

Les roches déchiquetées rompent un moment l’horizon, on s’arrête encore pour en grimper quelques-unes. L’air est toujours frais, le vent est plus léger, et le regard porte loin.

 

Après les lamas on rencontre d’autres habitants des lieux, des flamands roses ont en effet élu domicile dans ces hauts plateaux tranquilles, où seuls quelques touristes viennent de loin les observer. On les retrouve dans des lacs aux couleurs vives, turquoises, rouges ou encore bleues provoquées par un mélange de minéraux et d’algues qui se serait répandu. Au-dessus d’un de ces lacs, au milieu de nulle part, une structure en béton abandonnée surplombe tristement le paysage. Un projet de restaurant ou d’hôtel au milieu de ce désert qui a probablement été abandonné quand un peu de bon sens (ou de manque d’argent) est revenu au promoteur un peu fou qui aurait pu imaginer ça.

Lac d'altitudeLac d’altitude

On croise aussi un cycliste, sec et poudré par la route, il répond laconiquement et semble un peu sauvage. Au milieu de son tour de 48 000 km, franchissant les Andes et les frontières sous le soleil et la pluie, il est probablement réfugié dans ses pensées.

Ce désert, et ces vastes plaines calmes cachent aussi une intense activité volcanique, et quelques habiles restaurateurs ont installé une piscine avec de l’eau naturellement chaude qui affleure par endroit. Le bain est délicieux, même s’ il faut bien choisir où poser son regard pour que l’installation garde son charme. On est quand même forcé de ne pas trop s’attarder dans l’eau, le soleil à cette altitude est un peu agressif malgré le froid extérieur trompeur.

Pour notre dernière soirée, on a pénétré dans le Salar en lui-même, gigantesque plaine de sel à perte de vue. Avant cela, on a fait un petit arrêt dans une gare étrange, où de temps en temps des wagons rouillés partent pour apporter les récoltes de minéraux au Chili. L’impression d’être au bout de la piste n’a jamais été aussi forte.

Dernière station de la ligneDernière station de la ligne

La nuit se passe dans un hôtel de sel, mais elle sera courte car on va se poster au petit matin sur une île perdue au milieu de cette mer de sel pour observer le lever du soleil. La lumière et les paysages sont magnifiques, ce désert de sel offre des effets et de paysages uniques. On regrette un peu de ne pas pouvoir le voir quand le sol est recouvert d’eau et que les reflets rajoutent leurs effets. Le guide nous dit que ce n’est qu’une partie de l’année, au moment des pluies. D’autres voyageurs nous diront après coup que c’est possible toute l’année, mais que les chauffeurs ne veulent pas y aller pour ne pas abîmer leur jeep… On n’est en revanche pas fâché que le musée du sel soit fermé, il ne promettait pas beaucoup.

Lever du soleil sur le SalarLever du soleil sur le Salar

On finit par un tour dans un cimetière de train, passage obligé pour les touristes avides de photos, le ciel est malheureusement assez terne à ce moment-là, et l’endroit moins inspirant qu’espéré. La ville d’Uyuni non plus. Et puis après ces merveilles, ces couleurs, ces heures de paysages infinis, le retour à la ville et à la réalité est toujours difficile. Pour nous c’est l’heure de filer vers la Colombie, mais avant cela, il faut remonter la Bolivie, et une bonne partie du Pérou. On reprend donc nos sacs pour de longs trajets en bus, heureusement on pourra se poser un peu à Cusco, et retrouver sur le chemin notre restaurant de raclette, quitte à faire un petit détour de quelques heures en bus !

À propos de l'auteur: Gaëtan

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